Deux actions naissent d’une infraction
Une infraction fait naître deux actions distinctes. L’action publique appartient à la société et vise la sanction. L’action civile vous appartient et vise la réparation du préjudice que vous avez personnellement subi.
Articles 1er à 5 et 10-2 du code de procédure pénale.
Vous pouvez porter l’action civile devant le juge pénal, en même temps que l’action publique, ou devant le juge civil, séparément. Devant le juge civil, la preuve vous incombe entièrement ; devant le juge pénal, l’établissement des faits relève des autorités judiciaires, qui disposent de moyens d’investigation sans commune mesure. C’est la première raison pour laquelle les victimes s’adressent le plus souvent à la justice pénale.
Déposer une plainte
- Vous êtes considéré·e comme témoin
- Aucun accès au dossier
- Aucun droit de demander un acte ou une expertise
- Les poursuites dépendent de la seule appréciation du parquet
Se constituer partie civile
- Vous êtes partie à la procédure
- Accès permanent au dossier, copie gratuite par votre avocat·e
- Vous pouvez demander des actes, une expertise, une confrontation
- Vous demandez réparation, et vous êtes entendu·e à l’audience
Le choix entre la voie civile et la voie pénale est en principe irrévocable lorsque les deux actions opposent les mêmes parties, pour la même cause et le même objet. Trois exceptions : l’abandon de la voie civile au profit de la voie pénale tant qu’aucun jugement au fond n’est intervenu, le désistement de la voie pénale au profit de la voie civile, et la saisine du juge des référés.
Ce que doit être le préjudice
Il doit être direct et personnel, certain et actuel. Actuel ne veut pas dire immédiat : un dommage futur est indemnisable dès lors qu’il est estimable, et la perte d’une chance sérieuse l’est également.
L’exigence de preuve varie selon le stade. Devant le·la juge d’instruction, il suffit d’alléguer des circonstances rendant possible l’existence du préjudice et son rattachement direct à une infraction pénale. Devant la juridiction de jugement, il faut l’établir.
Les proches, et les héritier·es
Les proches qui souffrent personnellement des conséquences de l’infraction sont des victimes par ricochet et disposent d’une action propre. La jurisprudence exige généralement une communauté de vie effective avec la victime, et un lien direct entre leur préjudice et l’infraction.
Une règle est souvent ignorée et il faut la connaître tôt : seule l’action civile engagée par la victime avant son décès se transmet à ses héritier·es, parce qu’elle est entrée dans son patrimoine. Si la victime meurt sur le coup, ou meurt sans s’être constituée, ses héritier·es ne peuvent plus agir à sa place. Ils et elles conservent le droit de demander réparation de leur propre préjudice, en qualité de proches.
Ce que la police doit vous dire
Les officier·es et agent·es de police judiciaire doivent vous informer par tout moyen de votre droit d’obtenir réparation, de vous constituer partie civile, d’être assisté·e d’un·e avocat·e que vous choisissez ou que le·la bâtonnier·e désigne, d’être aidé·e par une association conventionnée, de saisir la commission d’indemnisation des victimes d’infractions, d’être informé·e des mesures de protection existantes, de bénéficier d’un interprète, d’être accompagné·e à tous les stades par la personne majeure de votre choix, et de déclarer comme domicile l’adresse d’un tiers.
Ces informations sont dues, mais leur omission n’est pas sanctionnée par la nullité. En pratique, elles sont souvent délivrées sous forme de formulaire remis à la sortie.