Vaïté Corin.Avocate à la Cour
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Victimes d’infractions

Indemnisation après un accident de la route

Savoir ce à quoi vous avez droit, faire respecter les délais de l’assureur, préparer l’expertise médicale et vérifier l’offre avant de signer.

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01Régime

Le régime qui s’applique

Après un accident de la route, votre indemnisation ne dépend pas d’une faute à prouver. Elle dépend d’abord d’une question : étiez-vous au volant, ou non.

Loi n° 85-677 du 5 juillet 1985, articles 1 à 6. Article L. 122-1 du code de la route.

Vous étiezVotre droit à indemnisationCe qui peut le réduire
Piéton·neAutomatique pour les atteintes à votre personneSeulement une faute inexcusable qui soit la cause exclusive de l’accident
Passager·eAutomatiqueIdem
CyclisteAutomatiqueIdem
Moins de 16 ans, plus de 70 ans, invalidité d’au moins 80 %Automatique, régime renforcéPratiquement rien
Conducteur·riceOuvert, mais discutéVotre propre faute, qui peut réduire ou supprimer l’indemnisation

Ce régime écarte la recherche d’un·e responsable. Il suffit qu’un véhicule terrestre à moteur soit impliqué dans l’accident, c’est-à-dire qu’il ait joué un rôle quelconque dans sa réalisation. Aucun contact n’est nécessaire, et un véhicule à l’arrêt peut être impliqué.

Ce que « impliqué » veut dire

La notion est entendue très largement par les tribunaux. Un véhicule administratif engagé dans une poursuite a été jugé impliqué dans l’accident provoqué par la personne en fuite. Un véhicule en stationnement dont l’incendie se propage relève également de la loi, dès lors que l’origine volontaire n’est pas démontrée.

La limite est là : il faut un événement accidentel, imprévu et soudain. L’incendie volontaire d’un véhicule en stationnement ne constitue pas un accident, et sort du régime.

Les situations qui échappent au régime

Les chemins de fer et les tramways circulant sur une voie propre en sont exclus. Un fauteuil roulant électrique, en revanche, n’est pas un véhicule terrestre à moteur au sens de la loi : la Cour de cassation l’a jugé en mai 2021, précisément pour que la personne qui l’utilise conserve le statut protecteur de victime non conductrice.

Si l’accident est un accident du travail, la loi de 1985 ne joue à titre complémentaire que s’il est survenu sur une voie ouverte à la circulation publique. La chute d’un tracteur dans un champ, même accessible, n’en relève pas.

À ne pas confondre : la commission d’indemnisation des victimes d’infractions est fermée aux accidents de la circulation. C’est ce régime-ci qui s’applique, et lui seul.

02Droit

Conducteur·rice ou non : ce qui change tout

Pour une victime qui n’était pas au volant, l’indemnisation est d’ordre public. On ne peut pas vous opposer votre imprudence.

Articles 3, 4, 5 et 6 de la loi du 5 juillet 1985.

Vous n’étiez pas au volant

  • Réparation intégrale des atteintes à votre personne
  • Votre faute ne vous est pas opposable
  • Une seule exception : la faute inexcusable, cause exclusive de l’accident
  • Protection renforcée avant 16 ans, après 70 ans, et en cas d’invalidité d’au moins 80 %

Vous conduisiez

  • Votre droit à indemnisation existe, mais votre faute se discute
  • Elle peut le réduire, ou le supprimer entièrement
  • Le juge apprécie souverainement, sans tenir compte du comportement de l’autre conducteur·rice
  • Une faute de conduite a déjà justifié une réduction de moitié

Ce que recouvre la faute inexcusable

C’est une notion volontairement étroite, et la Cour de cassation en fait un usage très restrictif. Elle doit en outre être la cause exclusive de l’accident : si le véhicule a joué un rôle quelconque, l’exception tombe et votre indemnisation reste intégrale.

La Cour de cassation a rappelé le caractère d’ordre public de cette indemnisation en censurant une décision qui en avait privé une passagère. Les tribunaux l’appliquent à un enfant cycliste de onze ans percuté par une voiture, comme à un piéton gravement blessé dont l’assureur tentait d’opposer l’imprudence.

Les dommages matériels obéissent à une autre règle

Pour les dommages aux biens, la loi ne distingue pas : votre faute vous est opposable, que vous ayez conduit ou non, et elle peut limiter ou exclure la réparation de votre véhicule et de vos effets. La faute du conducteur peut même être opposée au ou à la propriétaire non conducteur·rice, qui dispose ensuite d’un recours contre lui.

C’est une raison de ne jamais traiter le dossier corporel et le dossier matériel ensemble : ils ne suivent pas les mêmes règles.

Si vous êtes un·e proche de la victime

Votre préjudice personnel est réparable, mais il reste lié à celui de la victime directe : les limitations ou exclusions qui lui sont opposées se répercutent sur votre indemnisation. En revanche, votre propre faute ne peut pas vous être opposée.

Sont indemnisés à ce titre le préjudice d’affection, les frais exposés, et les pertes de revenus qui résultent de l’état de la victime.

03Assureur

L’assureur, ses délais et ses pénalités

L’assureur n’attend pas votre demande pour être tenu. La loi lui impose de faire une offre, dans des délais précis, sous peine d’une pénalité automatique.

Articles L. 211-9 et L. 211-13 du code des assurances. Articles 12, 19 et 20 de la loi du 5 juillet 1985.

01AccidentDéclaration à l’assureur
023 moisOffre si la responsabilité n’est pas contestée et le dommage chiffré
038 moisOffre obligatoire, au moins provisionnelle
04ConsolidationExpertise médicale, puis offre définitive
05TransactionPaiement dans le mois suivant le délai de dénonciation
Ce que l’assureur doit faire, et quand Accident 3 mois 8 mois Offre, sous conditions Premier délai Offre obligatoire, au moins une provision Second délai Au-delà : intérêts au double du taux légal, de plein droit Le premier délai suppose que la responsabilité ne soit pas contestée et que le dommage soit entièrement chiffré.

Si l’offre n’est pas faite dans les délais, l’indemnité produit de plein droit intérêts au double du taux légal, depuis l’expiration du délai jusqu’à l’offre ou jusqu’au jugement définitif.

Ce que l’offre doit contenir

Elle doit être motivée et porter sur l’ensemble des postes de préjudice, y compris les dommages matériels s’ils n’ont pas déjà été réglés. Tant que votre état n’est pas consolidé, l’offre peut n’être que provisionnelle, mais elle doit exister. En cas de décès, elle est due aux héritier·es et, s’il y a lieu, au conjoint ou à la conjointe.

Notez systématiquement la date de votre demande, celle de chaque courrier de l’assureur et celle de chaque versement. C’est sur ces dates que se calcule la pénalité.

Chiffrer le préjudice, poste par poste

La réparation se fait poste par poste, sans perte ni profit pour la victime, à partir d’une expertise médicale. Sont indemnisés d’un côté les préjudices patrimoniaux : frais médicaux, frais de véhicule de remplacement, pertes de revenus, assistance par une tierce personne. Et de l’autre les préjudices extrapatrimoniaux : déficit fonctionnel temporaire puis permanent, souffrances endurées, préjudice esthétique, préjudice d’agrément, préjudice d’affection des proches.

L’expertise est le moment décisif du dossier. C’est là que se fixent les taux qui commanderont tout le reste, et l’assureur y est représenté par le médecin qu’il a choisi.

Si l’assureur paie mal, ou tard

Une fois la transaction conclue, le paiement doit intervenir dans le mois suivant l’expiration du délai de dénonciation. À défaut, les sommes portent intérêt au taux légal majoré de moitié pendant deux mois, puis au double du taux légal.

En référé, la demande de doublement des intérêts est en revanche généralement rejetée : elle suppose un examen de fond qui excède les pouvoirs du juge des référés.

04Pénal

Le procès pénal, et ce qu’il décide

La procédure pénale est un dossier distinct de l’indemnisation. Elle ne conditionne pas votre réparation, mais elle décide de la qualification des faits, et cette qualification vous suit.

Articles 221-6-1, 222-19, 222-19-1, 222-20 et 222-20-1 du code pénal. Articles 4-1 et 41-2 du code de procédure pénale.

Blessures involontaires causées par un·e conducteur·rice
Vos blessuresPeine encourueAvec une circonstance aggravanteAvec deux ou plus
Incapacité totale de travail de plus de trois mois3 ans5 ans7 ans
Incapacité de trois mois au plus2 ans3 ans5 ans
Incapacité de trois mois au plus, hors conduiteContravention de 5e classe
Aucune incapacitéContravention de 2e classe

Les six circonstances aggravantes : violation manifestement délibérée d’une obligation de sécurité, ivresse ou alcoolémie au-dessus des seuils, stupéfiants, absence de permis ou permis annulé, suspendu, invalidé ou retenu, dépassement de la vitesse autorisée d’au moins 50 km/h, et délit de fuite. Deux d’entre elles suffisent à faire monter la peine d’un palier.

L’incapacité totale de travail n’est pas un arrêt de travail

C’est le malentendu le plus fréquent, et il a des conséquences directes. L’incapacité totale de travail au sens pénal n’est pas une incapacité professionnelle : c’est l’impossibilité d’exécuter un travail corporel, dans l’exercice d’une profession ou en dehors. Une personne sans emploi peut donc en avoir une, et un arrêt de travail de six mois ne la démontre pas.

Elle doit être supérieure à trois mois consécutifs pour faire du fait un délit : on n’additionne pas des périodes séparées, et elle s’apprécie en jours sur la base de mois de trente jours. Elle est enfin totalement indépendante de la nomenclature Dintilhac, qui servira à chiffrer votre indemnisation : une incapacité courte ne préjuge en rien du déficit fonctionnel qui sera retenu.

Le piège des procédures rapides

Une fois la culpabilité définitivement jugée, la qualification est figée : aucune requalification n’est possible, même si votre état s’aggrave ensuite. Or plusieurs procédures permettent de juger vite, et parfois avant que votre état soit connu.

La loi pose heureusement des limites. L’ordonnance pénale n’est pas applicable aux atteintes involontaires à l’intégrité des personnes en matière correctionnelle, et elle est écartée si vous avez fait citer directement l’auteur·e. La comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité est exclue pour l’homicide involontaire et lorsque la peine encourue dépasse cinq ans. Et dans une composition pénale, le parquet doit proposer à l’auteur·e de réparer votre préjudice et vous en informer.

C’est la raison pour laquelle il faut se manifester tôt : votre constitution de partie civile change ce que le parquet peut faire du dossier.

Une relaxe ne vous prive pas d’indemnisation

Depuis la loi du 10 juillet 2000, la faute pénale et la faute civile sont dissociées. L’article 4-1 du code de procédure pénale prévoit expressément que l’absence de faute pénale non intentionnelle ne fait pas obstacle à une action en indemnisation devant le juge civil. Et de toute façon, dans un accident de la circulation, votre indemnisation ne repose pas sur une faute.

Le permis et le véhicule

Pour les blessures involontaires aggravées commises au volant, l’annulation du permis est encourue de plein droit, avec une interdiction d’en solliciter un nouveau pendant dix ans au plus. Le permis blanc est exclu pour ces infractions, comme pour l’alcool, les stupéfiants et le délit de fuite. La confiscation du véhicule est obligatoire dans plusieurs cas, notamment lorsque deux circonstances aggravantes au moins sont réunies, sauf décision spécialement motivée.

Le retrait de points, lui, est une sanction administrative automatique : le juge pénal n’a aucune prise dessus, et il n’y a rien à en attendre à l’audience.

05Garantie

Sans assurance, ou sans auteur·e identifié·e

Un véhicule non assuré, un conducteur en fuite jamais retrouvé, une garantie que l’assureur refuse : aucune de ces situations ne vous prive d’indemnisation.

Articles L. 211-1, L. 421-1, R. 211-10 et R. 211-13 du code des assurances.

Le véhicule n’était pas assuré
Fonds de garantie des assurances obligatoires de dommages
L’auteur·e n’a pas été identifié·e
Fonds de garantie, pour les dommages corporels dans tous les cas
L’assureur invoque une exclusion de garantie
Elle ne vous est pas opposable : il vous indemnise, puis se retourne contre son assuré·e

Les exclusions de garantie ne vous concernent pas

Un contrat peut prévoir qu’il ne couvre pas la conduite sans permis. Cette exclusion est valable entre l’assureur et son assuré·e, mais elle est inopposable à la victime : l’assureur doit vous indemniser, puis exercer une action récursoire contre la personne responsable.

Autrement dit, le débat sur la garantie n’est pas le vôtre. Il ne doit jamais retarder votre indemnisation.

Les recours entre assureurs et responsables

Ils se règlent en dehors de vous, sur le droit commun de la responsabilité et de la subrogation, la contribution se faisant selon les fautes respectives ou, à défaut, à parts égales. Les organismes sociaux exercent également un recours pour les prestations qu’ils ont versées, ce qui explique la présence de votre caisse d’assurance maladie dans la procédure.

06Cabinet

Ce que fait le cabinet

Le cabinet représente les victimes, jamais les assureurs.

Accidents corporels, expertise médicale, offre d’indemnisation, constitution de partie civile et intérêts civils.

Deux moments décident du montant final, et tous deux se préparent : l’expertise médicale, où l’assureur est représenté par le médecin qu’il a choisi, et l’examen de l’offre, où la comparaison poste par poste avec ce qui s’alloue habituellement fait souvent la différence.

Le cabinet intervient en Martinique, en Guadeloupe, à Saint-Martin, en Guyane et devant les juridictions hexagonales.

Sur la constitution de partie civile, le chiffrage des postes de préjudice et l’expertise médicale, voir victimes d’infractions : partie civile et indemnisation. Si l’accident a donné lieu à une garde à vue, voir garde à vue. S’il s’agit de violences volontaires et non d’un accident, voir victimes de violences.

Ces informations sont générales et ne remplacent pas l’examen d’une situation particulière. Ne signez aucune transaction, et n’acceptez aucune offre, avant de l’avoir fait vérifier.

07Questions

Questions fréquentes

J’ai commis une imprudence, ai-je quand même droit à une indemnisation ?

Si vous n’étiez pas au volant, oui, et intégralement : la loi interdit qu’on vous oppose votre faute, sauf s’il s’agit d’une faute inexcusable qui soit la cause exclusive de l’accident, ce que les tribunaux ne retiennent presque jamais. La protection est encore renforcée si vous aviez moins de seize ans, plus de soixante-dix ans, ou une invalidité d’au moins quatre-vingts pour cent. Si vous conduisiez, en revanche, votre faute peut réduire ou supprimer votre indemnisation.

L’autre véhicule ne m’a pas touché·e, la loi s’applique-t-elle ?

Oui. Il suffit que le véhicule soit impliqué, c’est-à-dire qu’il ait joué un rôle quelconque dans la réalisation de l’accident. Aucun contact n’est nécessaire, et un véhicule à l’arrêt peut être impliqué. Un véhicule engagé dans une poursuite a même été jugé impliqué dans l’accident causé par la personne qu’il poursuivait.

Dans quel délai l’assureur doit-il me faire une offre ?

Trois mois à compter de votre demande lorsque la responsabilité n’est pas contestée et que le dommage est entièrement chiffré, et en tout état de cause huit mois à compter de l’accident pour une atteinte à votre personne. Tant que votre état n’est pas consolidé, l’offre peut n’être que provisionnelle, mais elle doit exister. Passé ces délais, l’indemnité produit de plein droit intérêts au double du taux légal.

L’assureur me propose une somme, dois-je l’accepter ?

Pas avant de l’avoir fait vérifier poste par poste. L’offre doit être motivée et couvrir l’ensemble de vos préjudices, patrimoniaux et extrapatrimoniaux. Une fois la transaction signée, revenir dessus est très difficile. Et si le paiement tarde après signature, les sommes portent intérêt au taux légal majoré de moitié pendant deux mois, puis au double du taux légal.

Le conducteur n’était pas assuré, ou a pris la fuite. Que se passe-t-il ?

Le fonds de garantie des assurances obligatoires de dommages prend le relais : il indemnise les dommages corporels dans tous les cas, et les dommages aux biens sous conditions. Si l’assureur invoque une exclusion de garantie, comme la conduite sans permis, elle ne vous est pas opposable : il doit vous indemniser, puis se retourner contre son assuré·e.

Que veut dire « incapacité totale de travail de plus de trois mois » ?

Ce n’est pas un arrêt de travail, et ce n’est pas une incapacité professionnelle. C’est l’impossibilité d’exécuter un travail corporel, dans une profession ou en dehors : une personne sans emploi peut en avoir une. Elle doit être supérieure à trois mois consécutifs, sans qu’on puisse additionner des périodes séparées. Ce seuil ne sert qu’à qualifier l’infraction pénale et ne préjuge en rien de votre indemnisation, qui se calcule autrement.

Si l’auteur·e est relaxé·e, perds-je mon indemnisation ?

Non. La faute pénale et la faute civile sont dissociées depuis 2000, et le code de procédure pénale prévoit expressément que l’absence de faute pénale non intentionnelle n’empêche pas d’agir en indemnisation devant le juge civil. Dans un accident de la circulation, votre droit à réparation ne repose de toute façon pas sur une faute.

Puis-je saisir la commission d’indemnisation des victimes d’infractions ?

Non, pas pour un accident de la circulation : la loi les exclut expressément du champ de cette commission, précisément parce qu’un régime spécial leur est applicable. C’est vers l’assureur du véhicule impliqué, ou vers le fonds de garantie, qu’il faut se tourner.

Contact

Faire vérifier votre dossier

Si vous en avez reçu une. Laisser vide sinon.

Facultatif. Convocation, OQTF, avis à victime, ordonnance, ou photo d’un courrier. Un seul fichier, en PDF, JPEG, PNG ou HEIC, 8 Mo au maximum.

Les informations transmises servent uniquement à traiter votre demande et ne sont communiquées à personne. Cet échange est couvert par le secret professionnel.

Avant l’expertise médicale et avant toute signature : ce sont les deux moments où se décide le montant final.