Vaïté Corin.Avocate à la Cour
Téléphone05 96 31 00 19
Victimes d’infractions

Violences faites aux femmes et aux enfants

Porter plainte, se protéger sans attendre le procès, connaître les délais, se constituer partie civile et obtenir réparation.
Ce que prévoit la loi, expliqué simplement.

Écrire au cabinet
01Qualification

Ce que la loi appelle des violences

Toutes les violences ne laissent pas de traces, et toutes ne portent pas le même nom en droit. La qualification retenue commande la juridiction, la peine encourue et le délai pour agir.

Articles 222-22 à 222-33-1 et 222-31-1 du code pénal. Loi du 21 avril 2021.

Les faitsQualificationPeine encourueJuridiction
Viol, y compris entre époux·sesCrime15 ans de réclusion, 20 ans si circonstance aggravanteCour criminelle départementale, ou cour d’assises
Viol sur mineur·e de quinze ans, viol incestueuxCrime20 ans de réclusionCour criminelle départementale, ou cour d’assises
Agression sexuelleDélit5 ans, 10 ans si la victime a moins de quinze ansTribunal correctionnel
Harcèlement sexuelDélit2 ans, 3 ans si circonstance aggravanteTribunal correctionnel
Violences par conjoint·e ou ex-conjoint·eDélitSelon l’incapacité de travail et les aggravationsTribunal correctionnel

Ce que la loi appelle des violences

Les coups et les blessures sont des violences, mais aussi les menaces, le harcèlement, le contrôle du téléphone et de l’argent, les insultes répétées, la privation de sommeil, etc. Lorsqu’elles sont commises par un·e conjoint·e, un·e concubin·e ou un·e partenaire, présent·e ou passé·e, la loi les punit plus sévèrement.

Le harcèlement sexuel suppose en principe la répétition. Mais une pression grave exercée une seule fois, dans le but réel ou apparent d’obtenir un acte sexuel, y est assimilée par la loi.

La définition du viol

Le viol est le fait d’imposer, par violence, contrainte, menace ou surprise, un acte de pénétration sexuelle de quelque nature qu’il soit, commis sur la victime ou que la victime est contrainte de commettre sur l’auteur·e, ainsi que tout acte bucco-génital (article 222-23 du code pénal).

Inceste : qui la loi vise exactement

Les faits sont qualifiés d’incestueux lorsqu’ils sont commis par un·e ascendant·e, un frère, une sœur, un oncle, une tante, un grand-oncle, une grand-tante, un neveu ou une nièce, ou par le·la conjoint·e, concubin·e ou partenaire de l’une de ces personnes, s’il ou elle exerce sur la victime une autorité de droit ou de fait (article 222-31-1). Depuis 2018, la victime n’a pas à être mineure.

Le seuil de quinze ans

Depuis la loi du 21 avril 2021, une personne majeure qui commet un acte de pénétration sexuelle ou un acte bucco-génital sur un enfant de moins de quinze ans commet un viol sans qu’il y ait à prouver la violence, la contrainte, la menace ou la surprise, dès lors que l’écart d’âge est d’au moins cinq ans. Cette condition tombe lorsque les faits sont commis en échange d’une rémunération ou d’un avantage. En contexte familial, la même règle s’applique jusqu’à dix-huit ans, sans condition d’écart d’âge.

Pour tout enfant de moins de quinze ans, la loi prévoit par ailleurs que la contrainte ou la surprise sont caractérisées par l’abus de la vulnérabilité d’une victime qui ne dispose pas du discernement nécessaire.

02Plainte

Porter plainte, et que faire si elle est classée

La plainte peut être déposée dans n’importe quel commissariat ou brigade de gendarmerie, quel que soit le lieu des faits. Aucun service ne peut la refuser.

Articles 15-3, 40-3, 85 et 392-1 du code de procédure pénale.

Main courante

  • Registre réservé aux faits qui ne constituent pas une infraction
  • Ni procès-verbal, ni récépissé
  • N’ouvre pas le droit de se constituer partie civile
  • Vous restez un simple témoin dans la procédure

Plainte

  • Procès-verbal dressé et récépissé remis immédiatement
  • Le récépissé rappelle les délais de prescription
  • Saisit le parquet
  • Ne peut être refusée par aucun service, où que ce soit
01PlainteCommissariat, gendarmerie, ou courrier au parquet
02EnquêteAuditions, expertises, réquisitions
03Décision du parquetPoursuite, instruction, ou classement
04JugementTribunal correctionnel ou cour criminelle
05RéparationDommages et intérêts, puis recouvrement

Où et comment déposer plainte

Les agent·es et officier·es de police judiciaire ont l’obligation de recevoir les plaintes en tout lieu du territoire national et, s’il y a lieu, de les transmettre au service compétent (article 15-3 du code de procédure pénale). La plainte peut aussi être adressée par simple lettre au parquet. La pré-plainte en ligne, en revanche, est réservée aux atteintes aux biens commises par un·e auteur·e inconnu·e : elle ne convient pas ici.

Vous pouvez être accompagné·e au dépôt de plainte, et à tous les stades de la procédure, par votre avocat·e ou par la personne majeure de votre choix (article 10-2 du code de procédure pénale). Un refus doit être motivé.

En Martinique, la plainte déposée à Fort-de-France, au Lamentin ou dans n’importe quelle brigade de l’île est transmise au parquet près le tribunal judiciaire de Fort-de-France. Des faits commis en Guadeloupe, en Guyane ou dans l’Hexagone peuvent être dénoncés depuis la Martinique.

Si la plainte est classée sans suite

Le classement doit être motivé et vous être notifié. Il ne clôt pas le dossier : trois voies restent ouvertes, et la commission d’indemnisation peut de toute façon être saisie.

La décision du parquet est contestée
Recours devant le parquet général, ouvert à toute personne ayant dénoncé les faits (article 40-3)
Refus de poursuivre, ou aucune décision après trois mois
Plainte avec constitution de partie civile devant le·la juge d’instruction (article 85). En matière criminelle, ce délai d’attente ne s’applique pas
Auteur·e identifié·e, faits délictuels, preuves réunies
Citation directe devant le tribunal correctionnel, sur consignation

La consignation fixée par le·la juge d’instruction n’est pas due si vous bénéficiez de l’aide juridictionnelle. La citation directe est exclue lorsque la personne mise en cause est mineure.

Ce qui aide, même longtemps après

Un certificat médical, même établi des semaines plus tard, des photographies, des messages conservés, les déclarations de proches, un signalement scolaire, un passage aux urgences : rien de tout cela n’est indispensable pour porter plainte, mais tout y contribue. Le cabinet peut rédiger la plainte, assister à l’audition et solliciter les actes d’enquête qui n’auraient pas été faits.

03Protection

Se protéger avant le procès

La protection n’attend pas la fin de la procédure pénale, qui peut durer des mois. Elle s’obtient sans avoir porté plainte.

Articles 515-9 à 515-13-1 du code civil. Articles 10-2 à 10-5 du code de procédure pénale.

  • Interdiction d’entrer en contact avec vous
  • Interdiction de paraître en certains lieux
  • Attribution du logement, même si le bail n’est pas à votre nom
  • Résidence des enfants et contribution à leur entretien
  • Interdiction de port d’arme et remise des armes détenues
  • Dissimulation de votre adresse

Mesures pouvant être prononcées par le·la juge aux affaires familiales dans le cadre d’une ordonnance de protection.

Ordonnance de protection

  • Vous la demandez vous-même, sans avoir porté plainte
  • Une audience, qui doit se tenir dans les six jours de sa fixation
  • Vaut douze mois, prolongeable

Ordonnance provisoire de protection immédiate

  • Demandée par le ministère public, avec votre accord
  • Rendue en vingt-quatre heures, sans audience
  • Vaut jusqu’au prononcé de l’ordonnance de protection
Deux voies, qui ne s’excluent pas Au civil · se protéger Ordonnance provisoire possible en 24 heures Requête au juge Audience sous 6 jours Mesures pour 12 mois Au pénal · faire juger Plainte Enquête Jugement Réparation Rien ne vous oblige à choisir : les deux voies peuvent être menées en même temps.
Risque réel de rapprochement malgré une interdiction
Bracelet anti-rapprochement, ordonné au civil ou au pénal
Vous ne cohabitez plus, et l’auteur·e a interdiction de vous approcher, ou est en fuite
Téléphone grave danger, remis par le parquet pour six mois renouvelables
Enquête pénale en cours
Éviction du domicile, interdiction d’approcher, contrôle judiciaire

La violation d’une ordonnance de protection est punie de trois ans d’emprisonnement et de 45 000 € d’amende. Elle se signale à la police ou à la gendarmerie, qui prévient le parquet.

L’ordonnance de protection, en pratique

Elle est délivrée par le·la juge aux affaires familiales, sans qu’il soit nécessaire d’avoir porté plainte, et même si vous n’avez jamais vécu avec l’auteur·e des violences. La requête se dépose au tribunal judiciaire de votre domicile. L’audience doit se tenir dans les six jours à compter de la date à laquelle elle est fixée.

Les mesures valent douze mois, et peuvent être prolongées si une demande de divorce, de séparation de corps ou relative à l’autorité parentale est déposée. Le·la juge peut aussi statuer sur l’autorité parentale et sur les obligations financières, ordonner une prise en charge sanitaire et psychologique, et vous admettre provisoirement à l’aide juridictionnelle. À votre demande, l’ordonnance est reconnue dans toute l’Union européenne.

L’ordonnance provisoire de protection immédiate

Lorsque vous sollicitez une ordonnance de protection, vous pouvez donner votre accord pour que le ministère public demande une ordonnance provisoire de protection immédiate (article 515-13-1 du code civil). Le·la juge statue dans un délai de vingt-quatre heures à compter de sa saisine, à deux conditions : que les faits de violences soient vraisemblables, et qu’il existe un danger grave et immédiat pour vous ou pour vos enfants.

Elle peut interdire tout contact, interdire de paraître en certains lieux, interdire de détenir ou de porter une arme et ordonner la remise des armes, suspendre le droit de visite et d’hébergement, et dissimuler votre adresse. Elle produit effet dès sa notification, et jusqu’au prononcé de l’ordonnance de protection.

Bracelet et téléphone grave danger

Devant le·la juge aux affaires familiales, le bracelet anti-rapprochement suppose l’accord des deux parties : en cas de refus, le parquet est saisi pour qu’il soit ordonné au pénal. Le téléphone grave danger est remis par le parquet, à tout moment de la procédure et avec votre consentement, pour six mois renouvelables. Il est également ouvert aux victimes d’un·e ancien·ne conjoint·e, concubin·e ou partenaire.

Ces mesures se cumulent, et rien n’oblige à choisir entre la voie civile et la voie pénale.

Vos droits dès le dépôt de plainte

Le code de procédure pénale reconnaît à la victime, dès l’enquête, une série de droits que peu de personnes connaissent, et dont le refus doit être motivé.

  • Être informé·e des mesures de protection, dont l’ordonnance de protection (article 10-2, 6°)
  • Déclarer comme domicile l’adresse d’un tiers, avec son accord (article 10-2, 9°)
  • Être accompagné·e à tous les stades par la personne majeure de votre choix (articles 10-2, 8° et 10-4)
  • Bénéficier d’une évaluation personnalisée de vos besoins de protection (article 10-5)
  • Être assisté·e d’un·e avocat·e, désigné·e au besoin par le·la bâtonnier·e (article 10-2, 3°)
  • Vous domicilier au commissariat si votre sécurité l’exige (article 706-57)

Les pressions et représailles destinées à empêcher l’accès à la justice sont elles-mêmes des infractions.

04Mineurs

Quand la victime est un enfant

Un enfant ne porte pas plainte seul, mais rien n’empêche la justice d’être saisie.

Articles 706-48 à 706-53 du code de procédure pénale. Article 378-2 du code civil. Article 228-1 du code pénal.

Depuis la loi du 18 mars 2024, l’exercice de l’autorité parentale et les droits de visite et d’hébergement du parent poursuivi ou mis en examen pour un crime commis sur l’autre parent, un crime commis sur l’enfant ou une agression sexuelle incestueuse sont suspendus de plein droit (article 378-2 du code civil).

Qui peut saisir la justice

La plainte est déposée par un·e représentant·e légal·e, ou par toute personne ayant connaissance des faits. Le signalement au parquet, ou à la cellule de recueil des informations préoccupantes du département, suffit à déclencher une enquête.

Ne pas informer les autorités de mauvais traitements ou d’atteintes sexuelles infligés à un enfant de moins de quinze ans est d’ailleurs un délit (article 434-3 du code pénal), et les professionnel·les de santé peuvent signaler sans violer le secret.

L’audition de l’enfant

Les déclarations de l’enfant victime font l’objet d’un enregistrement audiovisuel obligatoire, qui peut être exclusivement sonore sur décision motivée (article 706-52). L’audition peut se dérouler en présence d’un·e psychologue, d’un·e médecin, d’un membre de la famille ou de l’administrateur·rice ad hoc (article 706-53).

Contrairement à une idée répandue, la loi ne garantit pas une audition unique. Une confrontation peut être ordonnée : la Cour de cassation a rappelé en avril 2024 le droit de la personne poursuivie de faire interroger la plaignante.

Représentation, avocat·e et administrateur·rice ad hoc

En matière d’infraction sexuelle, l’enfant victime doit être assisté·e d’un·e avocat·e, même sans constitution de partie civile (article 706-51-1). À défaut de désignation, le·la bâtonnier·e en commet un·e d’office.

Lorsque les intérêts de l’enfant s’opposent à ceux de ses parents, ce qui est fréquent dans les affaires d’inceste, le parquet ou le·la juge d’instruction peut désigner un·e administrateur·rice ad hoc chargé·e de le représenter et d’exercer l’action civile en son nom (article 706-50). Cette désignation n’est pas automatique : le·la magistrat·e doit motiver en quoi la protection n’est pas complètement assurée par les représentant·es légaux·ales, le seul caractère incestueux des faits n’y suffisant pas.

L’enfant peut enfin faire l’objet d’une expertise médico-psychologique destinée à apprécier la nature et l’importance du préjudice subi (article 706-48).

Le parent poursuivi et le droit de visite

La suspension de plein droit est notifiée en même temps que la convocation ou la mise en examen, et dure jusqu’à la décision du·de la juge aux affaires familiales, jusqu’au non-lieu, ou jusqu’au jugement. Elle ne joue pas en cas de classement sans suite, et le parent poursuivi retrouve ses droits en cas de non-lieu ou d’acquittement.

En cas de condamnation pour un crime commis sur l’autre parent ou sur l’enfant, ou pour une agression sexuelle incestueuse, le retrait de l’autorité parentale est prononcé par la juridiction pénale sauf décision spécialement motivée (article 228-1 du code pénal). L’enfant témoin des violences est reconnu comme covictime, et toute médiation familiale est exclue lorsque des violences sont alléguées.

05Prescription

Jusqu’à quand peut-on porter plainte

Le délai pour agir dépend de la qualification des faits et de l’âge qu’avait la victime. Vingt ans pour les crimes, six ans pour les délits, mais le point de départ change tout.

Articles 7, 8, 9-2 et 706-47 du code de procédure pénale. Article 2226 du code civil.

Délais de prescription de l’action publique
InfractionDélaiPoint de départ
Viol, victime majeure20 ansÀ compter des faits
Agression sexuelle ou violences délictuelles, victime majeure6 ansÀ compter des faits
Viol sur mineur·e30 ansÀ compter de la majorité, soit jusqu’à 48 ans
Agression sexuelle sur mineur·e de quinze ans, violences aggravées, atteinte sexuelle aggravée20 ansÀ compter de la majorité, soit jusqu’à 38 ans
Autres délits visés à l’article 706-47 commis sur mineur·e10 ansÀ compter de la majorité, soit jusqu’à 28 ans

Pourquoi ces âges ne sont pas des couperets

Chaque acte d’enquête fait repartir un délai entier : la date réelle peut être bien postérieure à celle du tableau. À l’inverse, le report à la majorité ne joue pas pour les violences ayant entraîné une incapacité de huit jours au plus, et les violences les plus légères sont des contraventions, prescrites par un an.

Quand un autre dossier rouvre le vôtre

Depuis 2021, lorsque l’auteur·e d’une agression sexuelle en commet une nouvelle avant que la première ne soit prescrite, le délai de la première est prolongé jusqu’à celui de la seconde, et les actes d’enquête accomplis dans l’une valent pour l’autre. Un délai déjà expiré ne renaît pas, mais un délai encore en cours peut être considérablement allongé par la révélation d’une victime plus récente.

Si l’action pénale est prescrite

Une action civile demeure parfois possible : le délai est de vingt ans devant le juge civil pour les agressions sexuelles commises sur des mineur·es (article 2226 du code civil). Une prescription pénale n’est donc pas toujours la fin de tout. C’est le genre de vérification qui se fait dossier par dossier, et qui justifie de poser la question plutôt que d’y renoncer.

06Procès

L’audience et la place de la partie civile

Sans constitution de partie civile, la victime n’est qu’un témoin dans son propre dossier : sans accès aux pièces, sans possibilité de demander un acte, sans avocat·e.

Articles 82-1, 114, 306, 307, 308 et 420-1 du code de procédure pénale.

Accéder au dossier
Consultation permanente et copie gratuite par votre avocat·e (article 114)
Faire avancer l’enquête
Demande d’actes et d’expertises, questions à poser aux expert·es (articles 82-1 et 82-2)
Peser à l’audience
Questions, conclusions, citation de témoins, demande de réparation

Il arrive que des faits de viol soient poursuivis devant le tribunal correctionnel sous la qualification d’agression sexuelle : c’est la correctionnalisation. Elle change la peine encourue, le délai de prescription et le bénéfice du huis clos. Vous avez le droit d’en être informé·e et de discuter la qualification retenue.

Comment se constituer partie civile

Sans formalisme : une lettre, une télécopie reçue vingt-quatre heures avant l’audience, une déclaration au greffe ou à l’audience suffisent (article 420-1). On peut se constituer partie civile sans réclamer d’argent, pour la seule reconnaissance de l’infraction.

Le huis clos

En matière de viol, ainsi que de tortures et actes de barbarie accompagnés d’agressions sexuelles, le huis clos est de droit lorsque la victime constituée partie civile le demande : la cour ne peut pas le refuser. Il peut être partiel et limité à votre audition. Dans les autres cas, le huis clos ne peut pas être ordonné si vous vous y opposez.

La préparation de l’audience

L’audience se prépare. Le cabinet reprend avec vous le déroulé, les questions qui seront posées, l’ordre des prises de parole, et ce que vous n’êtes pas obligé·e de dire. Les débats peuvent être suspendus le temps nécessaire à votre repos (article 307), et votre déposition peut, à votre demande, être enregistrée pour servir en appel (article 308).

07Indemnisation

Être indemnisé·e, même si l’auteur ne paie pas

La condamnation pénale ne suffit pas à obtenir réparation, et la réparation obtenue ne suffit pas toujours à être payée.

Articles 706-3 à 706-15-2 du code de procédure pénale. Article 9-2 de la loi du 10 juillet 1991.

Viol, agression sexuelle, atteinte sexuelle sur mineur·e, traite des êtres humains
CIVI, réparation intégrale, sans seuil d’incapacité ni condition de ressources
Mort, incapacité permanente, ou incapacité totale de travail d’un mois ou plus
CIVI, réparation intégrale
Violences commises sur un·e mineur·e, ou par un·e conjoint·e, concubin·e ou partenaire, actuel·le ou ancien·ne
CIVI, avec un plafond si l’incapacité est inférieure à un mois
Décision définitive obtenue, mais la personne condamnée ne paie pas
SARVI, aide au recouvrement par le fonds de garantie

CIVI : commission d’indemnisation des victimes d’infractions, une par tribunal judiciaire. SARVI : service d’aide au recouvrement des victimes d’infractions.

La commission n’est pas liée par les sommes allouées au pénal, et l’indemnité versée peut être inférieure. Le SARVI, lui, n’indemnise pas : il verse la totalité de la somme lorsqu’elle n’excède pas mille euros, sinon une avance de trente pour cent plafonnée à trois mille euros, puis se charge du recouvrement. Y recourir ferme l’accès à la commission.

Chiffrer le préjudice

Les préjudices se comptent poste par poste selon la nomenclature Dintilhac : souffrances endurées, préjudice moral, préjudice sexuel, incidence professionnelle, frais médicaux, perte de revenus. Une expertise médicale est souvent nécessaire pour les évaluer.

Les délais pour saisir la commission

En principe trois ans à compter des faits. Si des poursuites pénales ont été engagées, ce délai est prorogé et n’expire qu’un an après la décision définitive, ou, lorsque la personne est condamnée à vous indemniser, un an après l’avis qui vous informe de votre droit de saisir la commission (article 706-15). Lorsque l’infraction a été commise sur un·e mineur·e, le délai ne court qu’à compter de sa majorité.

Un relevé de forclusion reste possible pour motif légitime, notamment si cet avis n’a pas été donné, et une demande d’aide juridictionnelle interrompt le délai.

Même sans condamnation, et même sans auteur·e identifié·e

La commission peut être saisie à tout stade de la procédure, et même lorsque l’auteur·e est resté·e inconnu·e, ou en cas de classement sans suite ou de non-lieu : il lui appartient de rechercher si le préjudice a son origine dans un fait dont la matérialité n’est pas contestable. Moins d’une victime recevable sur trois la saisit.

Ce que cela coûte

L’aide juridictionnelle est accordée sans condition de ressources aux victimes des atteintes les plus graves à la personne, ainsi qu’à leurs proches (article 9-2 de la loi du 10 juillet 1991). Elle dispense de la consignation devant le·la juge d’instruction. Votre assurance de protection juridique, souvent incluse dans un contrat d’habitation, peut également prendre en charge les honoraires.

La procédure devant la commission d’indemnisation est gratuite et ne suppose pas d’avocat·e, mais elle se déroule sur pièces et le fonds de garantie y est représenté.

08Cabinet

Ce que fait le cabinet

Le cabinet représente exclusivement les victimes dans ces dossiers.

Le cabinet ne défend pas les personnes poursuivies pour ces faits.

Membre du conseil d’administration de la Maison des femmes de Martinique, avocate des associations Culture Égalité, Kap Caraïbe, le Mouvement du Nid et l’Assoka, Vaïté Corin n’accompagne pas les personnes poursuivies pour des violences faites aux femmes ou aux enfants.

L’accompagnement commence avant la plainte, lorsqu’il faut décider de ce qui sera déposé et sous quelle qualification, et se poursuit jusqu’à l’indemnisation, y compris devant la cour criminelle départementale et la cour d’assises.

Sur la constitution de partie civile, le chiffrage des postes de préjudice et la saisine du fonds de garantie, voir victimes d’infractions : partie civile et indemnisation. Les victimes de violences conjugales de nationalité étrangère ont droit à une carte de séjour : quitter le domicile ne doit pas coûter ses papiers. Voir titre de séjour. Si les faits relèvent d’un accident de la circulation, voir accident de la route.

Ces informations sont générales et ne remplacent pas l’examen d’une situation particulière. Chaque dossier appelle une vérification des délais et de la qualification retenue.

09Questions

Questions fréquentes

Puis-je porter plainte sans preuve ?

Oui. La loi n’exige aucune preuve pour déposer une plainte, ni cri, ni résistance, ni trace : c’est le rôle de l’enquête que de les rechercher. Il faut cependant être lucide sur ce qui se passe ensuite. Une plainte peu étayée est souvent classée, et les violences intrafamiliales se produisent presque toujours sans témoin. Un certificat médical, même tardif, des photographies, des messages conservés, un passage aux urgences, les déclarations de proches, un signalement scolaire changent considérablement les chances qu’une enquête aboutisse. N’avoir rien de tout cela n’interdit pas de porter plainte. Rassembler ce qui existe, et demander les actes d’enquête qui n’ont pas été faits, est précisément le travail du cabinet.

Que faire si ma plainte est classée sans suite ?

Le classement doit être motivé et vous être notifié. Vous pouvez former un recours devant le parquet général, déposer une plainte avec constitution de partie civile devant le·la juge d’instruction, ce qui oblige à ouvrir une information judiciaire, ou faire citer directement la personne mise en cause devant le tribunal correctionnel si les faits sont délictuels et les preuves réunies. Le classement n’interdit pas non plus de saisir la commission d’indemnisation des victimes d’infractions.

À quoi sert de se constituer partie civile ?

Tant que vous ne l’avez pas fait, vous n’êtes qu’un témoin dans votre propre dossier : sans accès aux pièces, sans possibilité de demander un acte, sans avocat·e. La partie civile consulte le dossier, demande des expertises et des actes d’enquête, pose des questions à l’audience, dépose des conclusions et réclame réparation. Il est possible de se constituer partie civile sans demander d’argent, pour la seule reconnaissance de l’infraction.

Faut-il un·e avocat·e pour porter plainte ?

Non, la plainte se dépose seule. L’avocat·e devient utile ensuite : pour rédiger la plainte de façon à ce que la bonne qualification soit retenue, pour vous assister aux auditions, accéder au dossier, solliciter les expertises, contester un classement et chiffrer votre préjudice. Une plainte simple, à la différence de la constitution de partie civile, n’interrompt d’ailleurs pas la prescription.

Combien coûte un·e avocat·e quand on est victime ?

Cela dépend de vos ressources et de la nature des faits. L’aide juridictionnelle est accordée sans examen des ressources aux victimes des atteintes les plus graves à la personne et à leurs proches, et sous condition de ressources dans les autres cas. Votre assurance de protection juridique, souvent incluse dans un contrat d’habitation, peut aussi prendre en charge les honoraires. Le cabinet vérifie ces trois pistes avant toute convention.

Les faits ont eu lieu hors de Martinique, puis-je agir depuis ici ?

Oui. La plainte peut être déposée dans n’importe quel service de police ou de gendarmerie du territoire national, qui la transmet au parquet compétent. Le cabinet intervient en Martinique, en Guadeloupe, à Saint-Martin, en Guyane et devant les juridictions hexagonales.

Contact

Parler de votre situation

Si vous en avez reçu une. Laisser vide sinon.

Facultatif. Convocation, OQTF, avis à victime, ordonnance, ou photo d’un courrier. Un seul fichier, en PDF, JPEG, PNG ou HEIC, 8 Mo au maximum.

Les informations transmises servent uniquement à traiter votre demande et ne sont communiquées à personne. Cet échange est couvert par le secret professionnel.

En cas de danger immédiat, composer le 17. Le 3919 est joignable jour et nuit, gratuitement et sans trace sur les factures.