Vaïté Corin.Avocate à la Cour
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Victimes d’infractions

Porter plainte : où, comment, et ce qui se passe ensuite

Ce que recouvrent la plainte, la main courante et le signalement, où les déposer, ce que la police doit vous remettre, ce que le parquet peut décider, et les délais au-delà desquels on ne peut plus agir.

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01Formes

Plainte, main courante, signalement

Ces trois mots circulent au guichet et l’on en ressort parfois sans savoir lequel s’applique à sa situation. Un seul saisit le procureur de la République.

Articles 15-3, 40 et 40-1 du code de procédure pénale.

La plainte porte des faits à la connaissance du parquet. Elle est recueillie par procès-verbal, puis transmise au procureur de la République, à qui revient la décision de poursuivre. La main courante, elle, est enregistrée par le service et y reste : elle date une déclaration, elle ne saisit personne. Le signalement émane de quelqu’un d’autre que la victime, souvent un professionnel, et informe les autorités de faits venus à sa connaissance.

Déposer une plainte

  • Le service est tenu de la recevoir, où que vous soyez
  • Récépissé remis sur-le-champ
  • Transmission au parquet
  • Le procès-verbal interrompt la prescription

Faire une main courante

  • Aucune transmission au parquet
  • Aucune enquête
  • Aucun effet sur les délais
  • Une date conservée dans les registres du service, et rien d’autre

Une plainte simple ne met pas l’action publique en mouvement. Elle informe le parquet, qui apprécie la suite. Deux voies permettent de déclencher soi-même les poursuites. La citation directe, en matière de délit et de contravention, n’est soumise à aucune attente. La plainte avec constitution de partie civile devant le·la juge d’instruction est ouverte d’emblée en matière criminelle ; en matière délictuelle, elle suppose d’avoir déposé plainte au préalable et d’avoir reçu un refus de poursuivre, ou attendu trois mois sans réponse.

Ce que le service ne peut pas refuser

La police judiciaire est tenue de recevoir les plaintes. Vous pouvez vous présenter dans n’importe quel commissariat ou n’importe quelle brigade de gendarmerie, y compris loin du lieu des faits ; la transmission au service compétent se fait ensuite, sans vous.

Un récépissé doit vous être remis immédiatement. Il indique les délais de prescription applicables et la possibilité de les interrompre par une plainte avec constitution de partie civile. La copie du procès-verbal vous est remise si vous la demandez. Demandez-la avant de partir : votre assureur, votre employeur, votre médecin ou la commission d’indemnisation vous la réclameront.

Quand la poursuite dépend de votre plainte

Le parquet peut en général poursuivre sans plainte, sur le procès-verbal d’un service ou sur une dénonciation. Quelques infractions font exception et supposent la plainte de la victime : la diffamation et l’injure, l’atteinte à l’intimité de la vie privée, et, sous réserve d’exceptions, les délits commis par un·e Français·e hors du territoire national.

Dans ces hypothèses, le retrait de la plainte arrête la poursuite. Ailleurs, se désister reste sans effet sur l’action publique : une fois le parquet saisi, l’affaire lui appartient.

Signaler, et l’obligation de dénoncer

Toute autorité constituée, tout officier public et tout fonctionnaire qui acquiert, dans l’exercice de ses fonctions, la connaissance d’un crime ou d’un délit doit en aviser sans délai le procureur de la République. Le code pénal punit par ailleurs, sous certaines conditions, la non-dénonciation.

Le médecin qui constate des violences peut en informer le procureur. L’accord de la victime majeure est en principe nécessaire. Il ne l’est pas lorsque la victime est mineure, ou n’est pas en mesure de se protéger en raison de son âge ou de son état.

02Où déposer

Où et comment déposer

Le lieu compte moins que le moment. Les tout premiers jours ouvrent aux enquêteurs des pouvoirs qu’ils perdent ensuite.

Articles 15-3, 15-3-1 et 15-3-1-1 du code de procédure pénale.

01Au commissariat ou à la brigadeN’importe lequel, même si les faits ont eu lieu ailleurs. Récépissé remis sur place.
02Par lettre au procureurAu tribunal judiciaire, en recommandé, avis de réception conservé.
03En ligneLa loi l’a ouverte pour certaines infractions.
04Par visioconférencePrévue par la loi, subordonnée à ses textes d’application.
05Avec constitution de partie civileDevant le·la juge d’instruction, après le filtre de trois mois.

Si les faits viennent de se produire, allez au service le plus proche sans chercher à rassembler un dossier. Les papiers viendront après.

Lorsque l’infraction vient de se commettre, l’enquête est dite de flagrance. Elle dure huit jours, que le procureur peut prolonger de huit autres pour les infractions punies d’au moins cinq ans d’emprisonnement. Les enquêteurs se transportent sur les lieux, relèvent les traces et les indices, perquisitionnent sans avoir à recueillir l’assentiment des personnes, saisissent, requièrent les enregistrements de vidéoprotection, interpellent. Au-delà, l’enquête se poursuit dans le cadre préliminaire, où la contrainte suppose une autorisation.

Ce qu’une plainte immédiate permet

Les enquêteurs obtiennent par réquisition des informations détenues par des tiers, à commencer par les enregistrements de vidéoprotection. À votre demande, les réquisitions peuvent porter sur votre propre téléphone, pour tout délit puni d’emprisonnement. La géolocalisation d’un objet dérobé, ou destinée à retrouver une victime, est possible quelle que soit l’infraction.

Sur les lieux, la loi interdit de modifier l’état des choses et d’effectuer des prélèvements avant les premières constatations, sauf exigence de sécurité, de salubrité, ou soins à donner aux victimes. Ne nettoyez rien, ne rangez rien, ne lavez rien.

Si la plainte a déjà été classée

En matière délictuelle, la plainte avec constitution de partie civile devant le·la juge d’instruction n’est recevable que si vous justifiez que le procureur vous a fait connaître son intention de ne pas engager de poursuites, ou qu’il n’a rien décidé dans les trois mois du dépôt de votre plainte simple. Le classement satisfait cette condition. Elle ne s’applique ni en matière criminelle, ni aux délits de presse. Sachez qu’au terme des trois mois, le procureur peut encore demander au·à la juge d’instruction un délai supplémentaire de trois mois pour poursuivre ses investigations.

La voie a un coût et un risque. Une consignation est fixée par le·la juge, sauf dispense et sauf aide juridictionnelle. En cas de non-lieu, la personne visée peut demander des dommages et intérêts, une amende civile peut être prononcée, et des poursuites pour dénonciation calomnieuse restent possibles.

03Dossier

Ce qu’il faut apporter, et ce qui n’est pas exigé

Aucune pièce n’est exigée. Le service ne peut pas vous renvoyer chercher un document avant de prendre votre plainte. Ce que vous apportez pèse tout de même sur ce que l’enquête établira.

Articles 10-2, 10-3, 10-4, 10-5, 10-5-1 et 40-4-1 du code de procédure pénale.

  • Un certificat médical, si vous avez été blessé·e, même légèrement
  • Et, pour toute violence, l’examen par un médecin légiste, à demander aux enquêteurs
  • Les photographies des lésions, des lieux, des objets dégradés
  • Les messages, courriels, captures d’écran, dans leur intégralité
  • Les factures, devis, relevés bancaires, en cas d’atteinte aux biens
  • Les coordonnées des témoins, et ce qu’ils ou elles ont vu
  • Les dates, les heures, les lieux, écrits avant de les oublier
  • Les arrêts de travail, qui documentent les conséquences
  • Une pièce d’identité, utile mais non obligatoire

Ne remettez jamais votre seul exemplaire d’un document. Faites-en une copie avant de partir.

Le certificat médical demande une attention particulière. En matière de blessures, la durée de l’incapacité totale de travail retenue par le médecin commande la qualification des faits, et donc la juridiction : au-delà de trois mois, un délit ; en deçà, une contravention, sauf circonstances particulières. Cette incapacité se mesure à l’aptitude à accomplir un travail corporel, et non à l’activité professionnelle. Elle concerne donc aussi une personne sans emploi, une personne retraitée, un enfant. En matière de violences, cette durée est fixée par le médecin légiste, saisi sur réquisition des enquêteurs.

Si vous êtes victime de violences, quelles qu’elles soient, demandez aux enquêteurs à être examiné·e par un médecin légiste, en unité médico-judiciaire. L’examen a lieu sur leur réquisition et c’est le certificat qui en résulte qui servira de base à la procédure. Demandez-le même en l’absence de trace visible, et faites constater les conséquences psychologiques : elles entrent dans l’évaluation. La loi prévoit par ailleurs que le certificat d’examen médical est remis à la victime de violences.

Ce que la police doit vous notifier

Les officier·es et agent·es de police judiciaire doivent vous informer, par tout moyen, de vos droits : obtenir la réparation de votre préjudice, y compris par une mesure de justice restaurative ; vous constituer partie civile ; être assisté·e d’un·e avocat·e que vous choisissez ou que le·la bâtonnier·e désigne ; être aidé·e par un service ou une association d’aide aux victimes ; saisir la commission d’indemnisation des victimes d’infractions ; être informé·e des mesures de protection existantes, dont l’ordonnance de protection ; bénéficier d’un interprète et de la traduction des pièces indispensables ; être accompagné·e, à tous les stades, par la personne majeure de votre choix ; déclarer comme domicile l’adresse d’un tiers.

Ces informations sont dues. Elles sont le plus souvent remises sous la forme d’un feuillet, à un moment où personne n’est en état de le lire. Il vaut mieux y revenir quelques jours plus tard.

L’évaluation personnalisée

La loi impose une évaluation personnalisée de vos besoins de protection, destinée à déterminer si des mesures particulières doivent être prises au cours de la procédure. Elle tient compte de la nature de l’infraction, de votre situation, de votre vulnérabilité éventuelle, et elle est approfondie lorsque les faits sont graves.

C’est là qu’il faut dire que vous vivez encore avec la personne mise en cause, que vous la croisez au travail, qu’elle sait où sont scolarisés vos enfants. Ces éléments servent à décider d’une mesure de protection. Ils expliquent aussi, plus tard dans le dossier, pourquoi vous n’avez pas parlé plus tôt.

Si vous ne voulez pas donner votre adresse

Avec l’autorisation du procureur de la République, vous pouvez déclarer comme domicile l’adresse d’un tiers qui y consent, ou celle du commissariat ou de la brigade. Votre adresse personnelle ne figure alors pas dans la procédure, et la personne mise en cause ne la découvre pas en consultant son dossier.

La demande se formule au moment du dépôt, et non trois mois après, quand l’adresse a déjà circulé.

Si vous ne parlez pas français, ou mal

Vous avez droit à un interprète, gratuitement, dans une langue que vous comprenez, et à la traduction des pièces indispensables à l’exercice de vos droits. Ce droit joue dès le dépôt de plainte.

Évitez de faire traduire votre plainte par un proche, et plus encore par la personne qui vous accompagne si elle est mêlée aux faits. Une traduction approximative ressort des mois après, quand les déclarations successives sont comparées.

04Suites

Ce qui se passe après

Votre plainte part au parquet. La décision y est prise sans vous, et vous n’en connaîtrez souvent que le résultat.

Articles 39-3, 40-1, 40-2, 40-3, 41-1 et 41-2 du code de procédure pénale.

Les faits constituent une infraction, l’auteur·e est identifié·e, rien ne fait obstacle
→
Le parquet engage des poursuites
Les faits le permettent et la réponse paraît suffisante
→
Une alternative aux poursuites est mise en œuvre
Les circonstances particulières le justifient
→
L’affaire est classée sans suite
Le classement vous est notifié
→
Un recours est ouvert devant le procureur général

Le procureur de la République apprécie l’opportunité de la réponse à apporter et n’est pas tenu de poursuivre. Lorsqu’il classe et que l’auteur·e est identifié·e, sa décision doit indiquer les raisons juridiques ou d’opportunité qui la justifient. Vous devez être avisé·e de la décision prise sur l’action publique, et un recours hiérarchique est ouvert devant le procureur général.

Le classement sans suite n’éteint pas l’action publique. Le parquet peut y revenir tant que la prescription n’est pas acquise : un élément nouveau apparaît, une autre victime se manifeste, vous produisez la pièce qui manquait au dossier.

Les alternatives aux poursuites

Avant de décider s’il poursuit, le procureur peut recourir à une mesure alternative : rappel des obligations résultant de la loi, orientation vers une structure sanitaire ou sociale, régularisation de la situation, réparation du dommage causé à la victime, médiation pénale. Il peut aussi demander à la personne mise en cause de ne pas vous rencontrer, pour une durée pouvant aller jusqu’à six mois.

Ces mesures suspendent le cours de la prescription. Si la personne n’exécute pas ce qui a été convenu, le procureur met en œuvre une composition pénale ou engage des poursuites. La réparation de votre dommage figure parmi les mesures possibles, ce qui suppose de l’avoir chiffrée avant.

Les façons dont une personne est jugée

Si le parquet poursuit, il choisit la voie. La convocation par procès-verbal, remise directement à la personne déférée. La citation devant le tribunal, par acte de commissaire de justice. La comparution immédiate, quand les charges sont réunies et l’affaire en état d’être jugée. La comparution à délai différé, quand des résultats d’expertise sont attendus. La comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité. L’ordonnance pénale, pour certaines contraventions et certains délits routiers. Et, pour les crimes comme pour les affaires complexes, le réquisitoire introductif qui saisit un·e juge d’instruction.

Chaque voie a son calendrier. En comparution immédiate, l’audience a lieu le jour même ou presque, et vos demandes ne figurent au dossier que si quelqu’un vous a prévenue. Le procureur doit vous aviser de la date d’audience lorsqu’il recourt à la comparution immédiate ou à la convocation par procès-verbal.

Aurez-vous accès au dossier

L’enquête est secrète. Tant qu’elle dure, la copie du dossier n’est ouverte qu’aux parties, et la victime qui n’est pas constituée partie civile n’en est pas une. La loi organise un accès limité dans l’enquête préliminaire ; il ne joue pas dans l’enquête de flagrance.

Tout change à l’instruction, si une information judiciaire est ouverte et que vous vous constituez partie civile : accès permanent au dossier, demandes d’actes et d’expertises, avis sur l’avancement. C’est la principale raison de ne pas s’en tenir à la plainte.

La confrontation

Si vous êtes confronté·e à la personne mise en cause au cours de l’enquête et qu’elle est assistée d’un·e avocat·e, vous pouvez demander à l’être aussi.

L’enquête doit être conduite à charge et à décharge, dans le respect des droits de la victime, du plaignant et de la personne suspectée. Si vous estimez que ce n’est pas le cas, écrivez-le sans attendre.

05Délais

Les délais pour agir

La prescription décide si les faits peuvent encore être poursuivis. Elle est d’ordre public : le juge la relève d’office, et le prévenu ne peut pas y renoncer.

Articles 7 à 9-3 du code de procédure pénale, loi du 27 février 2017.

Délais de droit commun, depuis la loi du 27 février 2017
Nature des faitsDélaiPoint de départ
Crimes20 ansJour de la commission
Délits6 ansJour de la commission
Contraventions1 anJour de la commission
Crimes contre l’humanitéImprescriptiblesSans objet

Ces durées connaissent des exceptions dans les deux sens. Le terrorisme et le trafic de stupéfiants se prescrivent par trente ans en matière criminelle et vingt ans en matière délictuelle. Les infractions de presse, dont la diffamation et l’injure, se prescrivent par trois mois, portés à un an lorsque les propos sont racistes, sexistes, homophobes ou visent le handicap. Trois mois passent vite.

Infractions commises sur des mineur·es
InfractionsDélaiPoint de départ
Crimes sexuels et crimes visés à l’article 706-4730 ansMajorité de la victime
Délits visés à l’article 706-4710 ansMajorité de la victime
Agression sexuelle sur mineur·e de quinze ans, violences aggravées, atteinte sexuelle aggravée20 ansMajorité de la victime

Pour un crime sexuel subi dans l’enfance, le délai expire donc à quarante-huit ans.

Déposer plainte suspend la prescription à votre profit, du dépôt jusqu’à la réponse du procureur, et au plus tard pendant trois mois. Le procès-verbal qui recueille la plainte interrompt le délai et en fait courir un nouveau, de même durée. Une lettre adressée au procureur, à elle seule, n’interrompt rien ; c’est l’acte d’enquête qui suit qui produit cet effet.

Quand le délai ne court pas du jour des faits

Pour une infraction continue, le délai ne commence qu’au jour où l’état délictueux a pris fin. Pour une infraction d’habitude, il court du dernier acte. Pour une infraction occulte ou dissimulée, il court du jour où elle est apparue et a pu être constatée dans des conditions permettant l’exercice de l’action publique, sans pouvoir dépasser douze ans pour un délit et trente ans pour un crime à compter de la commission.

Est occulte l’infraction qui, en raison de ses éléments constitutifs, ne peut être connue ni de la victime ni de l’autorité judiciaire. Est dissimulée celle dont l’auteur accomplit délibérément des manœuvres tendant à en empêcher la découverte. La règle sert notamment en matière d’abus de confiance, d’escroquerie et d’abus de faiblesse.

En cas de blessures

Pour le délit de blessures involontaires, le délai ne court pas du jour de l’accident, mais du jour où il a pu être constaté que l’incapacité totale de travail dépassait trois mois. Pour la contravention, le point de départ reste le jour de l’accident, sauf infraction occulte ou dissimulée.

Lorsque le dommage se révèle tardivement, le délai peut courir du jour où la victime a eu connaissance du lien entre sa maladie et la faute. Ces règles s’appliquent dossier par dossier et se vérifient avant toute chose.

Une nouvelle infraction peut prolonger le délai

En matière d’infractions sexuelles commises sur des mineur·es, la loi du 21 avril 2021 prévoit que, si la même personne en commet une nouvelle avant la prescription de la première, le délai de la première est prolongé jusqu’à la date de prescription de la seconde. On parle de prescription prolongée, ou glissante.

Un fait que l’on croit prescrit peut donc ne pas l’être, pour des raisons tenant à un dossier que vous ne connaissez pas.

Si l’action publique est prescrite

La prescription de l’action publique interdit de saisir le juge pénal. Elle ne ferme pas la voie civile : l’action en responsabilité extracontractuelle pour un dommage corporel se prescrit par dix ans, et par vingt ans s’agissant d’agressions sexuelles commises sur un·e mineur·e.

Devant le juge civil, la preuve vous incombe entièrement, sans les moyens d’investigation de la justice pénale. La voie existe, elle se mesure aux pièces dont vous disposez.

06Situations

Les situations qui inquiètent

Ce sont presque toujours les mêmes objections qui retiennent de porter plainte. Aucune ne tient à une règle de droit qui vous l’interdirait.

Articles 10-2, 62-2, 306, 706-47-2, 706-50, 706-52 et 706-53 du code de procédure pénale.

« Je n’ai aucune preuve »

La preuve, en matière pénale, est libre. Vos déclarations en sont une, et elles sont recueillies par procès-verbal. Rassembler les éléments est l’objet de l’enquête : réquisitions, vidéoprotection, téléphonie, expertises, auditions de témoins. Vous n’avez pas à vous présenter avec un dossier constitué.

Le temps, en revanche, joue contre les éléments matériels, qui disparaissent vite. Raison de plus pour déposer plainte sans attendre d’en avoir réuni.

« J’ai peur des représailles »

La loi prévoit une évaluation personnalisée de vos besoins de protection. Le placement en garde à vue peut être décidé pour empêcher des pressions sur les victimes ou sur les témoins. Vous pouvez déclarer comme domicile l’adresse d’un tiers ou du service de police, et être accompagné·e à tous les stades par la personne majeure de votre choix.

Vous devez être informé·e des mesures de protection dont vous pouvez bénéficier, dont l’ordonnance de protection. Sur les violences dans le couple et sur les enfants, une page distincte détaille ces mesures et les règles propres à ces dossiers.

Les violences sexuelles

La loi du 6 novembre 2025 a inscrit le consentement dans le code pénal : constitue une agression sexuelle tout acte sexuel non consenti. Le consentement est libre et éclairé, spécifique, préalable et révocable ; il s’apprécie au regard des circonstances ; il ne se déduit pas du seul silence ni de la seule absence de réaction. Il n’y a pas de consentement en cas de violence, contrainte, menace ou surprise.

Plusieurs règles protègent spécifiquement les victimes de ces infractions. Le huis clos est de droit à la demande de la victime partie civile devant la cour. Votre nom et votre image ne peuvent pas être publiés sans votre accord écrit. Vous pouvez demander que la personne mise en cause soit soumise à un examen médical et à une prise de sang aux fins de dépistage, dont le résultat vous est communiqué.

La sidération, l’absence de résistance, le fait d’être restée en contact avec la personne, celui d’avoir eu des relations avec elle auparavant, y compris dans le mariage, ne font pas obstacle à la qualification. Ces éléments s’expliquent, et ils s’expliquent d’autant mieux qu’ils ont été dits dès le départ.

Lorsque ces violences s’inscrivent dans un couple ou une famille, les règles de protection et les délais obéissent à un régime propre, exposé sur la page violences faites aux femmes et aux enfants.

Lorsque la victime est mineure

Les déclarations du·de la mineur·e victime font l’objet d’un enregistrement audiovisuel, pour lui éviter d’avoir à répéter son récit. Une expertise médico-psychologique est ordonnée afin d’apprécier la nature du préjudice et les soins nécessaires. L’enfant est accompagné·e par son représentant légal et, s’il ou elle le souhaite, par la personne majeure de son choix.

Lorsque la protection de ses intérêts n’est pas complètement assurée par ses représentants légaux, un administrateur ad hoc est désigné. Le délai de prescription, lui, ne commence à courir qu’à la majorité : un fait subi à huit ans peut être dénoncé bien plus tard.

« Je ne sais pas qui c’est »

On dépose plainte contre X. Identifier l’auteur·e est l’objet de l’enquête, non une condition de la plainte.

L’absence d’identification ne ferme pas davantage la porte de l’indemnisation. La commission d’indemnisation des victimes d’infractions recherche elle-même si les faits présentent le caractère matériel d’une infraction, sans que l’identité de l’auteur·e importe, et sans que vous ayez à démontrer son insolvabilité.

« Ça va me coûter cher »

Le dépôt de plainte est gratuit et n’exige ni avocat·e ni pièce particulière. L’aide juridictionnelle est accordée sans condition de ressources aux victimes des atteintes volontaires les plus graves à la vie et à l’intégrité de la personne, ainsi qu’à leurs proches. Hors de ces cas, elle dépend des ressources.

La procédure devant la commission d’indemnisation est gratuite : sans timbre, sans représentation obligatoire, les frais de l’instance étant à la charge du Trésor public. Le sujet se règle au premier rendez-vous. Voir honoraires et aide juridictionnelle.

« Et si la personne ne paie jamais »

Deux dispositifs existent. La commission d’indemnisation des victimes d’infractions permet, pour les atteintes graves à la personne, d’obtenir une réparation versée par le fonds de garantie. Le service d’aide au recouvrement verse la totalité de la somme si elle n’excède pas mille euros, sinon une provision de trente pour cent, d’un minimum de mille euros et d’un maximum de trois mille, puis recouvre à votre place.

Leur ordre n’est pas indifférent : recourir au service d’aide au recouvrement ferme ensuite l’accès à la commission. Ces deux voies sont détaillées sur la page partie civile et indemnisation.

Un accident de la route

Les blessures causées par un conducteur relèvent de textes propres, plus sévères que le droit commun. Les peines sont aggravées en cas d’ivresse ou d’état alcoolique, d’usage de stupéfiants, de refus des vérifications, de défaut de permis, de dépassement de la vitesse autorisée de cinquante kilomètres par heure ou plus, et lorsque le conducteur ne s’est pas arrêté.

L’indemnisation suit une autre voie : les accidents de la circulation sont exclus de la commission d’indemnisation et relèvent de la loi du 5 juillet 1985, donc de l’assureur, ou du fonds de garantie si le véhicule n’est pas assuré. Le détail figure sur la page indemnisation après un accident de la route.

Pour aller plus loin, trois pages reprennent en détail ce qui n’est qu’esquissé ici : les violences faites aux femmes et aux enfants, l’indemnisation après un accident de la route, et la constitution de partie civile et l’indemnisation.

07Avocate

Faut-il un·e avocat·e dès la plainte

Aucun texte ne l’exige, ni pour déposer plainte, ni pour se constituer partie civile, ni pour saisir la commission d’indemnisation. Reste à savoir quand cela change le cours d’un dossier.

Articles 10-2, 61-2, 85, 420-1 et 706-3 du code de procédure pénale.

La qualification des faits est arrêtée tôt. Ce que vous décrivez, et la façon dont c’est consigné, détermine l’infraction retenue, donc le délai de prescription, la juridiction, et ce que vous pourrez demander. Le certificat médical et la durée d’incapacité qui y figure pèsent du même poids. La constitution de partie civile, enfin, ouvre le dossier et permet de demander des actes tant que l’information est en cours.

Vous avez le droit d’être assisté·e d’un·e avocat·e de votre choix, ou désigné·e par le·la bâtonnier·e, et l’on doit vous en informer dès le dépôt. En cas de confrontation avec une personne assistée, vous pouvez demander à l’être également.

Une plainte imprécise se complète par la suite. Un délai expiré, des traces disparues, une constitution de partie civile faite après l’audience : sur ces trois points, il n’y a pas de rattrapage.

08Cabinet

Ce que fait le cabinet

Le cabinet accompagne les victimes depuis la préparation du dépôt de plainte jusqu’au paiement effectif des sommes allouées.

Plainte, constitution de partie civile, expertise médicale, audience, commission d’indemnisation et recouvrement.

Vaïté Corin, avocate au barreau de la Martinique
Vaïté Corin
Avocate à la Cour

Avant la plainte : mettre les faits en ordre, identifier la qualification et le délai applicables, réunir les pièces qui existent encore, décider de ce qui sera déposé. Pendant la procédure : se constituer partie civile au bon moment, demander les actes et les expertises utiles, préparer l’expertise médicale, chiffrer chaque poste de préjudice. Après la décision : en obtenir l’exécution.

Trois situations font l’objet de pages distinctes, parce qu’elles obéissent à des règles propres : les violences faites aux femmes et aux enfants, l’indemnisation après un accident de la route, et la constitution de partie civile et l’indemnisation.

Le cabinet ne défend pas les auteur·es de violences faites aux femmes et aux enfants. Sur ces dossiers, il n’intervient qu’aux côtés des victimes.

Ces informations sont générales et ne remplacent pas l’examen d’une situation particulière. Si vous vous interrogez sur un délai, prenez conseil avant de le laisser courir.

09Questions

Questions fréquentes

Peut-on refuser ma plainte ?

Non. La police judiciaire est tenue de recevoir les plaintes, et vous pouvez vous présenter dans n’importe quel commissariat ou n’importe quelle brigade de gendarmerie, y compris loin du lieu des faits : la transmission au service compétent se fait ensuite. Un récépissé doit vous être remis immédiatement, et la copie du procès-verbal si vous la demandez. Si l’on vous oriente vers une main courante alors que vous voulez déposer plainte, dites-le clairement, et notez le nom du service et l’heure.

Quelle différence entre une plainte et une main courante ?

La plainte est recueillie par procès-verbal et transmise au procureur de la République, qui décide de la suite ; le procès-verbal interrompt le délai de prescription. La main courante est enregistrée par le service et y reste : ni parquet, ni enquête, ni effet sur les délais. Elle conserve une date, ce qui peut servir plus tard dans un dossier familial ou dans une procédure civile.

Combien de temps ai-je pour porter plainte ?

Cela dépend de la nature des faits. Depuis la loi du 27 février 2017, l’action publique se prescrit par vingt ans pour les crimes, six ans pour les délits et un an pour les contraventions, à compter du jour de l’infraction. Les crimes sexuels commis sur des mineur·es se prescrivent par trente ans à compter de leur majorité, et certains délits par dix ou vingt ans à compter de cette même date. À l’inverse, les infractions de presse se prescrivent par trois mois. En cas de doute sur un délai, vérifiez avant son expiration.

Faut-il un certificat médical ?

Aucune pièce n’est exigée pour déposer plainte. En matière de blessures, cependant, la durée de l’incapacité totale de travail retenue par le médecin commande la qualification des faits, et donc la juridiction : au-delà de trois mois, un délit ; en deçà, une contravention, sauf circonstances particulières. Cette incapacité se mesure à l’aptitude à accomplir un travail corporel, et non à l’activité professionnelle. Si vous êtes victime de violences, quelles qu’elles soient, demandez aux enquêteurs à être examiné·e par un médecin légiste, en unité médico-judiciaire : c’est ce certificat qui servira de base à la procédure. Le certificat d’examen médical doit vous être remis ; demandez-le et conservez-le.

Que se passe-t-il après le dépôt ?

Votre plainte est transmise au procureur de la République, qui dispose de trois options : engager des poursuites, mettre en œuvre une alternative comme la médiation pénale ou la réparation du dommage, ou classer sans suite. Il apprécie l’opportunité de sa réponse. Lorsqu’il classe et que l’auteur·e est identifié·e, sa décision doit indiquer les raisons juridiques ou d’opportunité qui la justifient, et vous devez être avisé·e de la décision prise.

Ma plainte a été classée sans suite. Est-ce fini ?

Non. Le classement n’éteint pas l’action publique : le parquet peut y revenir tant que la prescription n’est pas acquise, notamment si un élément nouveau apparaît. Un recours hiérarchique est ouvert devant le procureur général. Deux voies permettent en outre de déclencher vous-même les poursuites : la plainte avec constitution de partie civile devant le·la juge d’instruction, dont le filtre de trois mois se trouve satisfait par le classement, et la citation directe en matière de délit ou de contravention. L’accès à la commission d’indemnisation reste ouvert.

Puis-je retirer ma plainte ?

Vous pouvez faire savoir que vous ne souhaitez plus poursuivre, sans que cela arrête l’action publique. Une fois le parquet saisi, la décision de poursuivre ne vous appartient plus. Il n’en va autrement que pour les rares infractions dont la poursuite est légalement subordonnée à votre plainte, comme la diffamation et l’injure ou l’atteinte à l’intimité de la vie privée : là, le retrait arrête la poursuite.

Aurai-je accès au dossier ?

Pas pendant l’enquête, qui est secrète : la victime non constituée partie civile n’y a pas accès. Tout change à l’ouverture d’une information judiciaire, si vous vous constituez partie civile. Vous accédez alors en permanence au dossier, vous pouvez demander des actes, une expertise, une confrontation, et vous êtes avisé·e de l’avancement. C’est ce qui sépare le fait de déposer plainte du fait d’être partie à la procédure.

J’ai attendu des années. Est-ce trop tard ?

Cela se vérifie avant de renoncer. Pour les faits subis pendant la minorité, le délai ne commence qu’à la majorité. Pour les infractions occultes ou dissimulées, il ne court qu’à compter du jour où elles ont pu être constatées. En matière d’infractions sexuelles sur mineur·es, une infraction nouvelle commise par la même personne peut prolonger le délai de la première. Et même lorsque l’action publique est prescrite, la voie civile demeure dans les limites de sa propre prescription.

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Faire examiner votre situation

Même approximative. C’est elle qui commande les délais.

Facultatif. Récépissé de plainte, certificat médical, avis à victime, convocation, ou photo d’un courrier. Un seul fichier, en PDF, JPEG, PNG ou HEIC, 8 Mo au maximum.

Les informations transmises servent uniquement à traiter votre demande et ne sont communiquées à personne. Cet échange est couvert par le secret professionnel.

Si vous avez déjà déposé plainte, indiquez la date du dépôt et le service qui l’a reçue. Si une décision vous a été notifiée, joignez-la : c’est elle qui commande les recours et les délais.