Plainte, main courante, signalement
Ces trois mots circulent au guichet et l’on en ressort parfois sans savoir lequel s’applique à sa situation. Un seul saisit le procureur de la République.
Articles 15-3, 40 et 40-1 du code de procédure pénale.
La plainte porte des faits à la connaissance du parquet. Elle est recueillie par procès-verbal, puis transmise au procureur de la République, à qui revient la décision de poursuivre. La main courante, elle, est enregistrée par le service et y reste : elle date une déclaration, elle ne saisit personne. Le signalement émane de quelqu’un d’autre que la victime, souvent un professionnel, et informe les autorités de faits venus à sa connaissance.
Déposer une plainte
- Le service est tenu de la recevoir, où que vous soyez
- Récépissé remis sur-le-champ
- Transmission au parquet
- Le procès-verbal interrompt la prescription
Faire une main courante
- Aucune transmission au parquet
- Aucune enquête
- Aucun effet sur les délais
- Une date conservée dans les registres du service, et rien d’autre
Une plainte simple ne met pas l’action publique en mouvement. Elle informe le parquet, qui apprécie la suite. Deux voies permettent de déclencher soi-même les poursuites. La citation directe, en matière de délit et de contravention, n’est soumise à aucune attente. La plainte avec constitution de partie civile devant le·la juge d’instruction est ouverte d’emblée en matière criminelle ; en matière délictuelle, elle suppose d’avoir déposé plainte au préalable et d’avoir reçu un refus de poursuivre, ou attendu trois mois sans réponse.
Ce que le service ne peut pas refuser
La police judiciaire est tenue de recevoir les plaintes. Vous pouvez vous présenter dans n’importe quel commissariat ou n’importe quelle brigade de gendarmerie, y compris loin du lieu des faits ; la transmission au service compétent se fait ensuite, sans vous.
Un récépissé doit vous être remis immédiatement. Il indique les délais de prescription applicables et la possibilité de les interrompre par une plainte avec constitution de partie civile. La copie du procès-verbal vous est remise si vous la demandez. Demandez-la avant de partir : votre assureur, votre employeur, votre médecin ou la commission d’indemnisation vous la réclameront.
Quand la poursuite dépend de votre plainte
Le parquet peut en général poursuivre sans plainte, sur le procès-verbal d’un service ou sur une dénonciation. Quelques infractions font exception et supposent la plainte de la victime : la diffamation et l’injure, l’atteinte à l’intimité de la vie privée, et, sous réserve d’exceptions, les délits commis par un·e Français·e hors du territoire national.
Dans ces hypothèses, le retrait de la plainte arrête la poursuite. Ailleurs, se désister reste sans effet sur l’action publique : une fois le parquet saisi, l’affaire lui appartient.
Signaler, et l’obligation de dénoncer
Toute autorité constituée, tout officier public et tout fonctionnaire qui acquiert, dans l’exercice de ses fonctions, la connaissance d’un crime ou d’un délit doit en aviser sans délai le procureur de la République. Le code pénal punit par ailleurs, sous certaines conditions, la non-dénonciation.
Le médecin qui constate des violences peut en informer le procureur. L’accord de la victime majeure est en principe nécessaire. Il ne l’est pas lorsque la victime est mineure, ou n’est pas en mesure de se protéger en raison de son âge ou de son état.